Ouverture à Kinshasa des négociations entre la Rdc et l’Angola sur les expulsions des Congolais du territoire angolais (Digitalcongo.net)

Des négociations viennent d’être engagées à Kinshasa au niveau des ministères des Relations extérieures de la RDC et de l’Angola pour trouver un arrangement à l’amiable à la crise des expulsions réciproques des populations entre les deux pays après la trêve décrétée de ces expulsions par les présidents des deux Etats

kabilaLe ministre des Affaires étrangères de la RDC, Alexis Thambwe Mwamba, a procédé, mardi à Kinshasa, dans la salle de conférence du ministère des Affaires étrangères, à l’ouverture des discussions bilatérales entre la RDC et la République d’Angola sur le refoulement de part et d’autre de la frontière commune des ressortissants congolais et angolais vivant dans les deux pays.

Le chef de la diplomatie congolaise a souligné que la République d’Angola a dépêché depuis lundi une forte délégation ministérielle et d’experts conduite par le vice-ministre angolais des Relations extérieures, M. Jorge Chicotty.


Il a souligné que les deux délégations se sont penchées spécifiquement sur la problématique de refoulement des ressortissants congolais et angolais et les modalités pratiques qu’il faut suivre en vue d’informer les autorités.

Alexis Thambwe Mwamba a, par ailleurs, précisé que la question du Plateau continental sur le droit de la mer portée aux instances de l’ONU par la RDC sera discutée dans la réunion de la commission mixte RDC-­Angola dans les mois à venir.

Le pétrole du plateau continental de la côte maritime congolaise au centre de la crise


Les expulsions réciproques entre la RD Congo et l’Angola ne sont que la face émergée d’un iceberg. Au fond, les deux Etats voisins connaissent une tension sur le contrôle des zones pétrolifères au niveau de leur frontière dans l’océan Atlantique.

Le conflit s’est corsé avec le dépôt de la législation congolaise sur «la délimitation des frontières maritimes» aux Nations unies, en mai dernier. La RD Congo avait déjà fait savoir à la Commission des limites du plateau continental que «la zone du plateau continental fait l’objet d’une occupation de fait par l’Angola», selon un document des experts congolais qui ont préparé l’étude qui a conduit à la loi appelée à décanter les prétentions querellées. Le législateur en a tiré toutes les conséquences pour récupérer 200 miles marins sur l’espace maritime partagé avec les Angolais.

Luanda y a répondu de manière catégorique. «Le gouvernement de la République d’Angola rejette cet acte visant la délimitation unilatérale de toutes les zones maritimes, y compris le plateau continental… La République d’Angola ne se considère pas comme étant lié aux effets de la «Loi portant délimitation des espaces maritimes de la République démocratique du Congo. Le gouvernement de la République d’Angola… fera connaître ultérieurement sa position à ce sujet», a écrit l’ambassadeur d’Angola aux Nations Unies dans une lettre datée du 31 juillet dernier.

A tout prendre, la crise ne fait que commencer. Un port en eaux profondes à Soyo, un autre à Banana, ça ne plaît pas à Luanda. A ce stade, il y a lieu de rappeler qu’il y a bien d’autres sujets qui fâchent entre Kinshasa et Luanda. A commencer par le projet de Joseph Kabila de construire un port en eaux profondes à Banana. Dos Santos aurait préféré que son homologue lui laisse l’exclusivité en la matière avec le port en eaux profondes qu’il est en train d’ériger au large de Soyo.

Idylle avec M’zee

Les deux pays connaissent, de manière récurrente, des conflits liés à la délimitation de leurs frontières. Le plus épique a porté sur Kahemba où les Angolais s’étaient permis de repousser les bornes frontalières de quelques kilomètres. Un grand flou entoure l’issue de ce litige sur lequel le gouvernement de Kinshasa et son Parlement ont présenté des points de vue divergents. Si bien que le rapport de l’Assemblée nationale sur la question a dû être présenté à huis clos sans que l’opinion congolaise sache ce qui a été décidé en définitive. Un autre confit frontalier a opposé les deux Etats dans la province du Bas-Congo, dans les localités de Sava Ina et Kuzi qui ont connu une intrusion angolaise.

Des ambitions géostratégiques auraient également une responsabilité dans la détérioration des relations entre Luanda et Kinshasa. Certaines sources expliquent que Dos Santos aurait mal pris le rapprochement entre Kabila et Paul Kagame, outre que la prétention angolaise pour un leadership dans la région n’accommode pas beaucoup le successeur de Laurent Désiré-Kabila. Ce dernier était tout redevable aux Angolais dont les troupes avaient joué un rôle déterminant dans la dernière phase de la rébellion de l’AFDL.

Pour sa part, l’Angolais Dos Santos qui combattait les troupes de l’UNITA alliées au Maréchal Mobutu avait jeté toutes ses forces dans la chute du régime Mobutu sans regarder au reste. C’est encore lui qui sauvera M’Zee Laurent-Désiré Kabila sous la menace de l’avancée des hommes du RCD alliés à l’armée rwandaise à partir du Bas-Congo. En prenant la base de Kitona, l’armée angolaise priva les rebelles de toute possibilité de se ravitailler. Donc, de disposer d’assez de force pour poursuive l’aventure avec la chance d’une victoire à la clé. La première note de discordance sera enregistrée pendant les 24 heures qui ont précédé la succession de Laurent-Désiré Kabila. Le jour même de l’assassinat du M’Zee, l’Angola s’est en effet montrée prompte à exprimer son soutien au colonel Eddy Kapend qui s’est presque autoproclamé. Avant la nuit tombée, les Zimbabwéens entreront dans la danse. Tout a alors basculé le lendemain. Joseph Kabila est présenté à la télévision dans le fauteuil de chairman entouré de tous les dignitaires du régime kabiliste originel. Mais JKK est resté très lié à Luanda.

Le nouveau Kabila

Avait-il d’autre choix avec la menace rwandaise à l’Est et la présence d’un voisin angolais trop puissant pour risquer un bras de fer avec lui ? Depuis, bien des choses ont changé. Joseph Kabila est peut-être en train d’en tirer les conséquences. Il faudra bien qu’il arrive à casser ce complexe angolais de croire que la RD Congo reste cet éternel enfant qu’il a tiré des griffes de Mobutu. Un grand-frère sauveur en quelque sorte. Une sorte de «complexe d’aîné» qui a longtemps empoisonné les relations entre Yoweri Museveni et Paul Kagame.

Pour avoir aidé le FPR à prendre le pouvoir à Kigali en 1994, le président ougandais a continué à croire longtemps que c’est à lui de dicter à son ancien protégé ce qu’il a à faire. Kagame y a tenu tête. Aujourd’hui, les rapports entre Kampala et Kigali sont marqués de respect mutuel. A Kabila de se dire qu’il est temps que le bataillon angolais - soit près de 1.000 hommes cantonnés à la base de Kitona prenne le chemin du retour. Des années qu’ils sont là lourdement armés avec chars et batteries anti-aériennes - alors qu’ils étaient venus sous le prétexte d’une assistance militaire.

«En fait, ce bataillon assure la sécurité du territoire angolais à partir de chez nous. C’est incompréhensible après le démembrement de l’UNITA», a estimé un ancien officier formé à l’Ecole royale militaire, en Belgique. Entre ce bataillon et les Tigres des combattants congolais qui ont combattu dans l’armée de Dos Santos contre l’UNITA - existe une vive inimitié. Les Tigres ruminent leur dépit depuis qu’ils ont été « remis » à Kabila sans que Dos Santos ait rétribué les sacrifices consentis pour son régime. S’il n’y a aucune autorité, ils n’hésiteront pas à passer leur colère sur le bataillon angolais de Kitona. Ces Tigres constituaient, au total, sept brigades dans l’armée angolaise dont l’une basée à Luanda, une autre à Malange, et une autre encore à Kwanza Sud.

Comme souvent dans les confits entre Etats, ce sont les populations qui payent. L’Angola a décidé d’expulser les Congolais pour embêter son voisin qui le lui a rendu mais en procédant dans le respect de la dignité humaine. De Matadi à Lukala, les Angolais ont été recensés et contraints de retourner chez eux. Dans le chef-lieu du Bas- Congo, plus d’un millier de compatriotes de Dos Santos ont été reconduits à la frontière. Des gens qui vivaient en harmonie d’un côté comme de l’autre de la frontière. Des gens qui se sentaient chez eux pour avoir tout investi sur place jusqu’à fonder famille avec les populations locales, les voilà qui errent sans comprendre qu’ils sont victimes de la folie des «régents». Comme cette vieille femme congolaise, en couverture, déchirée par l’expulsion de son gendre angolais.

Acp/Le Potentiel