Vers une nouvelle guerre des Malouines?

Publié le par Linium International

                Les Malouines sont un archipel de l’Atlantique sud, proches de la « Tierra del Fuego » argentine, non loin du continent Antarctique. Depuis quelques jours, ces îles connues dans le monde anglo-saxon comme les Falklands font de nouveau parler d’elles. Ce nom résonne chez les amateurs d’histoire maritime, puisqu’il rappelle une victoire navale britannique de 1914 sur la flotte de l’empire Allemand après la sévère défaite des Coronels (la bataille des Falklands avait lourdement détruit la Kriegsmarine).

Cet archipel est un territoire d’outre-mer britannique depuis 1833 (la première installation britannique date de 1765). Cette possession du Royaume-Uni a été contestée par l’Argentine dès 1833, au motif que l’archipel fût acheté par l’Espagne (dont dépendait avant 1820 l’Argentine) à la France (le français Bougainville fût le premier à découvrir l’île). Pourtant, l’occupation effective a toujours été britannique.

 

Theorie-des-Crises-internationales-La-Guerre-des-Malouines-.jpg                Cette contestation pris une tournure militaire il y a bientôt 28 ans. La guerre dite des Malouines opposa le régime militaire argentin et le Royaume-Uni d’avril à juin 1982. Il fût l’un des rares conflits naval de l’après seconde guerre mondiale, qui fit côté argentin environ 600 victimes, et côté britannique, environ 200 victimes. Le régime argentin, désirant redorer son blason entaché par de lourdes atteintes aux droits de l’Homme, décida d’envahir les îles Malouines. Pour les britanniques, l’enjeu pouvait sembler risible. Dans un premier temps, il s’agissait d’empêcher les argentins d’appuyer leurs revendications sur une partie du continent Antarctique. Dans un deuxième temps, il s’agissait surtout en cette période de guerre froide d’avoir, pour le bloc occidental, une place de contrôle et d’observation du passage de sous-marins soviétiques proche du Cap Horn (l’URSS soutenait à l’époque le régime argentin).

 

                  Depuis  la guerre de 1982, et cela malgré le retour du dialogue, le contentieux n’a toujours pas été réglé. L’Argentine ne cesse de réclamer le retour de l’Archipel dans son giron, alors que les britanniques maintiennent pour cette colonie de seulement  4000 habitants, une garnison militaire de plus de 1000 hommes. Parmi les signes de la reprise du dialogue, on avait pu noter la signature d’un accord de coopération pour le partage de l'exploration et l'exploitation éventuelle des richesses pétrolières dans le secteur des Malouines en 1995 sous l’égide de l’ONU. Cet accord a été dénoncé unilatéralement par l’ancien président (le mari de l’actuelle présidente), Nestor Kirchner, en 2007. Aujourd’hui, les argentins risquent de s’en mordre les doigts.

 

Une bataille pour le pétrole

 

         Fin février, un navire battant pavillon étranger a été arraisonné par les autorités argentines parce qu’il transportait, d’après le gouvernement, un chargement de tubes destinés à l’exploration de forages offshore au large des Malouines.  Les soupçons des argentins s’avérèrent vrai avec l’annonce d’un projet d’exploration pétrolière par les anglais. En effet, la compagnie britannique Desire Petroleum en accord avec la Falkland Oil & Gas va commencer l’exploration d’un gisement à l’est de l’archipel dans les eaux sous souveraineté britannique.

Cette affaire relance le contentieux opposant les deux Etats, l’Argentine envisageant même de porter ce contentieux sur la souveraineté des Malouines devant la Cour Internationale de Justice. Ce dernier pays a obtenu le soutien de la majorité des pays d’Amérique latine (notamment les 25 chefs d’Etat du « groupe de Rio », groupe informel de pays latino-américains). Le président vénézuélien Hugo Chavez, célèbre pour ses provocations, a accusé le Royaume-Uni de se livrer à « une des plus grossières démonstrations » de « néocolonialisme », et a demandé à ce que soit restitué « ce territoire à son propriétaire légitime, le peuple argentin ».

 

575x385_1469040_0_4dc8_ill-1309976-2586-616929.jpg        Après l’arraisonnement du navire de tubes et pour répondre à la volonté britannique d’explorer des gisements au large des Malouines, le gouvernement argentin a décidé de contrôler tout navire traversant sa zone économique exclusive et désirant se rendre sur l’archipel. Remarquons que cette annonce est contraire aux dispositions de la convention des Nations-Unies sur le droit de la mer de Montego Bay. En effet, l’article 58 prévoit que « dans la zone économique exclusive, tous les Etats, qu'ils soient côtiers ou sans littoral, jouissent, […], des libertés de navigation et de survol ».

 


Une guerre des mots

 

        Bien que la décision du Royaume-Uni d’explorer et d’exploiter les gisements de son territoire d’outre-mer soit contestable -car considérée comme une provocation alors même que le contentieux concernant l’archipel n’est toujours pas réglé, l’Argentine est en partie responsable de cette situation. Si Nestor Kirchner n’avait pas rompu unilatéralement l’accord de 1995 sur la coopération en matière d’exploitation pétrolière, une telle décision n’aurait certainement jamais été prise.

Certaines autorités (notamment les autorités régionales de la Terre de Feu) ont invoqué la possibilité d’un recours devant la CIJ. Cette option pourrait être intéressante, car fixant la situation, mais probablement désavantageuse pour l’Argentine, car la présence effective des britanniques depuis 1833 risque de primer sur le titre de souveraineté des argentins (en l’espèce la vente de cet archipel à l’Espagne par la France).

Il est plus probable que les provocations verbales et les intimidations continuent un temps sans que l’affaire ne soit portée devant une juridiction internationale. L’Argentine a d’ailleurs en retour annoncé il y a quelques jours, sa décision d’exploiter des gisements dans sa zone économique exclusive proche de celle des Malouines.

 

        Il serait surprenant que ces nouvelles tensions provoquent un nouveau conflit armé. Le contexte a beaucoup évolué depuis 1982. Bien que l’Argentine se recherche une nouvelle unité politique intérieure, une offensive militaire serait malvenue dans le contexte international actuel. Côté britannique, ceux-ci ne disposent pas des moyens militaires permettant une expédition maritime, car bien trop accaparés sur le théâtre afghan. De plus, les interventions militaires ont de moins en moins bonne presse dans l’opinion publique anglaise.

La meilleure solution dans cette nouvelle bataille serait, tout du moins pour l’Argentine, de revenir sur la décision de Nestor Kirchner de 2007 et de délimiter une zone de partage d’exploitation.

 

Jérémy DRISCH

 

Sources image :

- AFP

Publié dans Géopolitique des mers

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