Mer de Barents, récents développements dans le litige russo-norvégien

Publié le par Linium International

(Ceci est une deuxième version de l'article "Mer de Barents, récents développements dans le litige russo-norvégien". En effet, les traductions françaises de la conférence de presse du 27 avril dernier russo-norvégienne ont confondu "délimitation des mers territoriales" et "frontière maritime" -incluant le plateau continental et la ZEE. Le premier article faisait remarquer à tort qu'il s'agissait d'un accord a minima -et raillait les journalistes qui saluaient un accord historique-, tandis que le deuxième permet de comprendre en quoi cet accord est historique -et en quoi les journalistes français sont de mauvais traducteurs....)

 

 

                Depuis plus de 60 ans, la Russie et la Norvège s’opposent en Mer de Barents sur la délimitation de leurs espaces maritimes (mer territoriale, zone économique exclusive et plateau continental).


Fin avril dernier, les dirigeants russes et norvégiens ont déclaré que le litige concernant leur frontière maritime en Mer de Barents allait être réglé d’ici peu. Les deux Etats seraient parvenus à un accord sur le partage des eaux qui soit équitable et équilibré. Toutefois, l’accord en question n’est toujours pas signé. D’après les autorités norvégiennes, certains aspects techniques doivent encore être étudiés.


La délimitation des espaces maritimes de la Mer de Barents a toujours été cristallisée par différents enjeux stratégiques, géopolitiques, économiques et écologiques.

 

  • Les enjeux de la Mer de Barents

 

            La Mer de Barents a présenté tout le temps de l’existence de l’URSS un enjeu stratégique. C’est ainsi que cette mer libre de glace en hiver abrite la base navale russe de Mourmansk. La zone a notamment connu des essais nucléaires soviétiques sur l’île de la Nouvelle-Zemble. En 1944, l’URSS a tenté de renforcer sa présence dans la région en annexant des territoires finlandais (Carélie et région de Petsamo) et en revendiquant l’île aux Ours et un condominium sur le Spitzberg (qui connait un statut spécial depuis le traité du 9 février 1920 –souveraineté norvégienne mais activités économiques libres pour toutes les parties au traité).


KMO_108266_00862_1_t207.jpgA côté de ces enjeux territoriaux et stratégiques, la mer de Barents est aussi convoitée pour la pêche. Cet enjeu économique a poussé la Norvège et l’URSS à établir les limites provisoires d’une zone commune de pêche de 155 000 km2.


Ce qui préoccupe actuellement les deux voisins est la présence importante de gisements de gaz et de pétrole dans cet espace maritime. Il contiendrait environ 12 milliards de barils de pétrole. Niveau gaz, le gisement géant de Chtokmann (entre Mourmansk et la Nouvelle-Zemble) contiendrait 3700 milliards de m3. C’est le géant russe Gazprom qui a la charge de l’exploitation, en collaboration avec le français Total et le norvégien Statoil.


L’enjeu pour les deux Etats est aussi écologique. Effectivement, l’écosystème de la mer de Barents est fragile, ce qui avait poussé la Norvège à observer un moratoire sur l’exploration pétrolière et gazière. Malgré cela, la Norvège a autorisé de nouveau la prospection en 2003. Si l’accord est obtenu entre les deux voisins et que l’exploration s’accentue, il s’agira d’un accroissement de la pression sur  les activités économiques dans l’espace Arctique.

 

  • Un accord attendu et s'il est conclu, historique

 

           Un premier accord était intervenu en 1957 sur la délimitation de la mer territoriale dans le Varangerfjorden (sud de la frontière maritime), sans que les deux Etats ne parviennent à fixer la limite. Cette nouvelle annonce serait la fin de ces négociations qui traînent depuis plus de 50 ans.


A côté de cela, le litige entre la Russie et la Norvège porte sur la zone économique exclusive (ZEE) et le plateau Diapositive1.JPGcontinental (et c’est le plus important pour ce qui concerne l’exploitation pétrolière et gazière). Moscou a développé depuis des années l’idée que dans l’espace arctique, la délimitation des espaces devait s’effectuer selon la théorie des secteurs (c'est-à-dire qui use des latitudes et des méridiens, ainsi la ZEE devrait suivre le méridien coupant l’intersection des mers territoriales des deux pays). Pour la Norvège, la délimitation doit s’effectuer selon la ligne médiane (comme la plupart des délimitations maritimes).carte mer de barents 2


Pour le plateau continental, les théories en présences sont exactement les mêmes. 

 

D'après le journal norvégien Aftenposten, les deux Etats seraient décidés à délimiter leur frontière maritime unique (plateau continental, zone économique exclusive, mer territorial) selon les règles adoptées par la justice internationale. Le communiqué de presse indique que "The two delegations recommend a delimitation line on the basis of international law in order to achieve an equitable solution. In addition to the relevant factors identified in this regard in international law, including the effect of major disparities in respective coastal lengths, they have taken into account the progress achieved in the course of long-standing negotiations between the parties in order to reach agreement. They recommend a line that divides the overall disputed area in two parts of approximately the same size."

 

En déclarant ainsi vouloir diviser la zone disputée en deux parties approximativement égales, les deux Etats abandonnent leurs théories respectives, notamment la Russie et son antique théorie des secteurs. Cela permettra certainement à l'avenir un apaisement des négociations dans le règlement des autres litiges dans la zone arctique.

 


                Avec cet accord non encore signé une première étape est en train d’être franchie. Il est intéressant de constater qu’en parallèle, les deux voisins collaborent sur le plan économique et sur l’exploitation des gisements de la mer de Barents. Il faut toutefois espérer que la Norvège et la Russie sauront aussi participer à la protection de l’écosystème de la mer de Barents, une mer aux portes de l’Arctique et du passage du Nord-Est.   

 

Jérémy Drisch

 

Retrouvez la carte au format PDF sur le lien suivant : Carte "Délimitation maritime en Mer de Barents"

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