Bruits de bottes à la frontière entre la RDC et l’Angola

Publié le par Linium International

     Nous faisions part dans l’un des premiers articles de ce blog de l’annonce par la République Démocratique du Congo (RDC) de son initiative de délimiter une zone économique exclusive au large de ses côtes, menaçant par là même les contrats d’exploitation signés par l’Angola avec plusieurs compagnies pétrolières (dont Chevron et Total).


Un jeu malsain


     Depuis lors, la situation entre les deux voisins s’est très largement dégradée. La propagande de part et d’autre de la frontière n’aide pas à démêler le vrai du faux. Mais en nous basant sur les constatations des ONG, il est possible de dire que les deux pays se sont lancés avec entrain dans un jeu que l’on peut qualifier de jeu du plus stupide. En bref, chacun des deux pays s’amuse à expulser les ressortissants de l’autre pays, qu’ils soient en situation légale ou non. A ce jeu, chacun a pu expulser plusieurs dizaines de milliers de personnes (des chiffres qui feraient pâlir le ministère de l’immigration en France !). Malgré la reprise du dialogue et la volonté affichée de régler par des voies légales le problème des expulsions, ces dernières ont continué.


De plus, il semblerait que les forces armées angolaises, au prétexte de rechercher des rebelles indépendantistes de l’enclave angolaise de Cabinda (coincée entre le Congo Brazzaville et la RDC et réputée pour ses ressources pétrolières) auraient fait de nouvelles incursions dans le Bas-Congo.


Un manque flagrant de dialogue


     Il est surprenant de voir le silence des autorités sur les réelles motivations de ces gestes dont les premières et uniques victimes sont les civils, déjà largement éprouvés par les guerres civiles qui ont ravagé tant l’Angola que la RDC. Aucun des deux pays ne semble manifester la volonté claire de régler leurs différents de manière pacifique.


La première erreur semble en tout cas venir de la RDC qui n’aura pas souhaité délimiter ses frontières maritimes de manière diplomatique. Elle a préféré voter une loi déterminant les espaces sous souveraineté congolaise, or, et cela conformément à l’article 74 de la convention des Nations Unies sur le droit de la mer de Montego Bay, les Etats dont les côtes sont adjacentes doivent délimiter leurs ZEE par voie d’accord.


L’Angola qui semble avoir été touchée dans son orgueil, ayant dans le passé soutenu le clan Kabila dans son accession au pouvoir, a décidé de jouer la carte de la victime, tout du moins dans sa propagande. Le pétrole étant l’enjeu caché de cette surenchère entre les deux pays, l’Angola n’a pas trouvé mieux que de demander aux compagnies pétrolières présentes en Angola, à commencer par Angola LNG ainsi que, d’après l’agence Angola Press, Chevron et Total, de distribuer des dons aux citoyens angolais expulsés du Congo.  


Un avenir inquiétant


     Si les deux voisins n’usent pas de la diplomatie avec franchise (plutôt que de jouer à un jeu malsain faisant des civils les premières victimes), l’avenir risque d’être terrible. L’enjeu étant les zones pétrolières au large des côtes, il est fort à parier que le Congo se permettra d’ici peu quelques expulsions de personnels des plateformes offshores comme on a pu le voir dans d’autres parties du monde. Se cherchant une unité intérieure, le Congo pourrait utiliser co

mme prétexte le comportement de son voisin pour entrer en conflit armé avec lui, celui-ci n’était pas le seul à rechercher l’affaiblissement de la RDC. 


Les compagnies pétrolières qui n’auront pas voulu voir le danger arriver et se seront empressées de signer des contrats d’exploitation avec l’Angola sans vérifier l’absence de contestations sur les zones maritimes angolaises (alors même qu’il s’agit de l’une des conditions nécessaires à la signature d’un tel contrat), risquent de se mordre les doigts et de perdre quantité d’argent sans oublier les menaces qui pèsent sur leurs employés déjà largement éprouvés plus au nord, dans le golfe de Guinée.

Notons enfin que l'espace maritime congolais est très réduit et surtout enclavé entre les eaux angolaises (enclave de Cabinda au Nord et Angola au sud).

 


      Seul l’usage de la diplomatie permettra la résolution du conflit et la délimitation de frontières maritimes de manière équitable (il peut par exemple, être envisagé des zones d’exploitation commune des gisements pétroliers). Si des négociations échouaient, il faudrait soumettre le litige à un tribunal arbitral ou à la cour internationale de justice.   



Jérémy DRISCH

 

 

Crédits photos :

- site du Ministère des Affaires étrangères de Côte d'Ivoire

- Photo Total sur le site Mer et Marine

 

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