Bataille navale inter-coréenne

Publié le par Linium International

 

Depuis 1953 et la fin de la guerre de Corée, les relations entre les deux entités coréennes sont émaillées de tensions militaires et d’espoirs, ou plutôt d’espoirs déçus et de faux espoirs. Depuis une dizaine d’années, pour celui qui ne fait que regarder le journal télévisé, les relations entre la Corée du Nord et la Corée du Sud sont incompréhensibles. Un jour, on tend vers la paix, l’autre jour, on tend vers la guerre.

 

En 1953, l’armistice de Panmunjom  fût signé après trois années d’une guerre fratricide entre le Nord et le Sud. Accompagnant cet armistice, la mission des Nations-Unies dirigée par les Etats-Unis a établi une « frontière maritime » intercoréenne pour la Mer Jaune, plus connue sous le nom de « Northern Limit Line » (NLL). Celle-ci est dès le départ, mal acceptée par le Nord qui la contestera jusqu’à aujourd’hui. Par ailleurs, la Corée du Nord a établi une zone économique exclusive des deux côtés de la péninsule.

 

La signature d’un armistice signifie seulement que les belligérants cessent les hostilités. Ainsi, tant qu’aucun traité de Paix n’a été signé, l’état de guerre subsiste toujours. Dans le cadre des deux Corées, il n’y a jamais eu de traité de Paix. Après la guerre froide pourtant, les autorités des deux Etats ont tenté d’avancer vers la Paix et de mettre fin à une situation qui perdure depuis trop longtemps.

 

Ces négociations mènent à une avancée historique avec la réunion d’un sommet intercoréen du 2 au 4 octobre 2007 à l’issue duquel les deux dirigeants coréens signent un accord dans lequel ils s’engagent à promouvoir la paix et la prospérité économique. Dans cet accord, il est question de remplacer la NLL par une zone de pêche commune pour éviter toute crise diplomatique liée à la mer.

 

Les espoirs suscités par cet accord vont très vite être déçus. Dès 2009, les essais nucléaires nord-coréens et les différentes provocations de Pyongyang menacent sérieusement, si ce n’est la paix, en tout cas, le processus de paix dans la péninsule coréenne. En effet, en janvier dernier, la Corée du Nord a annoncé que tous les accords et traités signés avec le Sud étaient annulés. Elle explique aussi ne plus reconnaître la frontière maritime en Mer Jaune ouvrant la voie à de nouveaux incidents diplomatiques et militaires. Dès le 4 juin dernier, un navire nord-coréen franchit la frontière et navigue 40 minutes durant dans les eaux sud-coréennes malgré les menaces de tirs de navires militaires de Séoul.

En 2002 déjà, un affrontement maritime avait eu lieu en Mer Jaune faisant une trentaine de morts côté Nord et six pour la Corée du Sud. La semaine dernière, c’est la Corée du Nord qui a accusé Séoul d’avoir violé la frontière maritime. Des navires militaires auraient en effet traversé la ligne de délimitation en prétextant l’incursion dans les eaux sud-coréennes de navires de pêche en provenance du Nord.

Le commandement nord-coréen a mis en garde le sud en expliquant que « les provocations militaires irresponsables par des navires de guerre de la Marine sud-coréenne ont créées une situation tellement grave qu’un incident naval pourrait se produire ».

 

Relevons le paradoxe commun à tous les conflits de délimitations maritimes qui peuvent dégénérer en conflit militaire. En effet, le sud reconnait la NLL comme la frontière maritime et le Nord la conteste depuis 1953. Pourtant, c’est sur la base de cette délimitation que le nord accuse le sud d’incursions dans ses eaux.

Pour la défense de la Corée du Nord, la NLL est avant tout le résultat d’une décision militaire, et n’est en rien conforme au droit de la mer actuel. Comme le montre la carte, il s’agit d’une délimitation très éloignée d’une ligne d’équidistance. Elle a même tendance à coller à la côte du nord alors que dans la jurisprudence de la cour internationale de justice il s’agit d’une circonstance pertinente nécessitant le déplacement de la frontière maritime.

 

Bien sûr, la probabilité d’un conflit naval doit se comprendre dans une politique d’ensemble de provocation de Pyongyang. De nouveaux tirs de missiles de courte portée sont d’ailleurs semble t-il prévus pour les semaines à venir.  

 

Jérémy DRISCH

 

Source carte : BBC news

Source image : Ria Novosti

Publié dans Géopolitique des mers

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