L'attente des marins de l'Aspet

Publié le par Linium International

                Sur ce blog, vous avez déjà pu lire plusieurs billets racontant la situation des marins de ce navire turc abandonné avec ses marins dans la forme-écluse Joubert du Port de Saint-Nazaire. Cette situation, loin d’être unique sur notre territoire et dans le monde, a fait l’objet de quelques articles dans la presse locale, mais qui ont du mal refléter l’exacte vérité.

 

Rappelons tout d’abord les faits : fin juillet dernier, l’Aspet se trouve le long des côtes de Saint-Nazaire avec une voie d’eau (plus importante qu’annoncée initialement aux autorités maritimes françaises). La marine nationale dépose à bord une motopompe par hélicoptère alors que le navire se trouve dans le chenal d’accès au port, face au fort de l’Eve (il se trouve que je me trouvais là ce jour là).  L’Aspet venait d’Angleterre. Il était parti à vide avec un nouveau capitaine qui ne se doutait pas du lourd passé de son navire. Réalisant l’état désastreux de son navire, il avait préféré naviguer le long des côtes françaises inquiétant par là même les autorités françaises. Le navire une fois équipée de la motopompe s’est donc dirigé vers le port de Saint-Nazaire voyant avancer vers lui les remorqueurs du port venu l’aider à terminer son difficile trajet.

 

Une fois amarré dans la forme Joubert (le bassin étant toujours rempli d’eau et donc nécessitant une veille permanente des marins devant la pompe), les autorités mettent en demeure l’armateur de bien vouloir effectuer les réparations nécessaires avant la mi-août. Les choses semblent floues concernant le propriétaire du navire. L’Aspet est un navire battant pavillon géorgien et composé d’un équipage turc. Le propriétaire serait turc, mais il est aussi question de la nébuleuse nord-coréenne et du fils du dictateur Kim Jong Il. Mais le plus grave demeure pour les marins. Ceux-ci n’ont aucune nouvelle de l’armateur et plus les jours passent, plus leurs ressources s’amenuisent. Ils vivent sur leurs deniers propres et finissent par vivre de la générosité de quelques associations.

 

Du côté des autorités françaises, le manque de nouvelles agace et la justice s’y mêle une fois le délai de la mise en demeure passé. La justice saisi le navire et menace de revendre le navire (qui voudrait d’une telle poubelle ?). Le syndicat international des marins ITF est passé à bord et a fait surtout des « effets de manche » devant la presse. Dès la mi-août, les marins exprimaient leur colère contre ce syndicat qui ne les avait déjà pas aidé lorsqu’ils étaient en Angleterre.

 

Certains marins (dont le capitaine) ont réussi à trouver un peu d’argent pour rentrer en Turquie. De 12, ils sont donc passés à 9 dont certains ont quelques ennuis de santé. Parmi ces marins, on en trouve aussi semble-t-il qui n’ont pas de contrat de travail compliquant par là même leur prise en charge.

Il y a quelques jours, l’organisation maritime internationale et les affaires maritimes sont repassées à bord pour rencontrer individuellement les marins et ainsi établir un dossier de rapatriement, rapatriement qui devrait intervenir dans les jours qui viennent. Il est à noter que les marins ont menacé de faire la grève de la faim tant ils étaient en colère contre les autorités turques plutôt effacées dans la gestion de ce dossier.

 

Il serait temps que cette triste aventure se termine. Il n’existe à proprement parler plus de vie d’équipage. Chacun mange dans son coin, vis sa vie et s’inquiète pour ses proches en Turquie.

 

Jérémy DRISCH

 

 

source photos : Presse-Océan

Publié dans Actualité maritime

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claire benoit 02/10/2009 10:22


Merci pour ces informations très précises, qui, en plus de bien d'autres qualités nous éveillent et nous éclairent sur un sujet fort douloureux.
Comment le droit peut-il résoudre ce problème,
Claire Benoit


safir 30/09/2009 05:53


Au port de Skikda (Algérie) on vient de régler un problème lié à un navire battant pavillon de complaisance. La gestion de ce dossier a duré plusieurs mois. Si la communauté internationale ne
trouve pas une solution au pavillon de complaisance, on aura plus d'un cas de ce genre.


Linium International 30/09/2009 22:32


Bonjour,

Tout d'abord, merci pour vos commentaires.

En effet, nous constatons une recrudescence des cas de navires abandonnés. Bien sur, ces cas ne peuvent être imputés aux seuls pavillons de complaisance. Le fait qu'il s'agisse de pavillons de
complaisance agrave la situation des marins.

Dans l'histoire contemporaine de la marine marchande, nous avons pu avoir plusieurs périodes de navires abandonnés avec les marins à bord. De nombreux facteurs expliquent ces vagues : crise
économique et financière, faiblesse des règles coercitives....

Actuellement, le phénomène des pavillons de complaisance intéressent particulièrement la communauté internationale. Le memorandum of understanding (MOU) de Paris est un exemple de tentative (avec
ses défauts bien sur) de création d'un cercle vertueux pour limiter l'impact de ces pavillons. Le MOU (intégré dans le droit de l'Union européenne) prévoit un port state control (contrôle de l'Etat
du port). Les inspecteurs de la sécurité du navire peuvent contrôler tous les navires passant par un port de leur Etat. Ils ont le pouvoir de les arrêter, forçant ainsi les armateurs et les Etats
octroyant un pavillon dit de complaisance à faire un effort pour respecter les règles de droit international.

Mais ce système connait bien sur des défauts liés à la nature humaine. L'exemple de l'Aspet est sur ce point flagrant.
Ce navire a bientôt 30 ans. C'est assez courant. Bien entretenu, il aurait pu naviguer encore un petit peu. Mais comment a t-il pu naviguer dans les eaux européennes alors que (pour l'avoir visité)
il est en piteuse état? Les marins ont laissé sous-entendre que lors de son passage en Angleterre, les autorités auraient été plutôt conciliantes (moyennant argent certainement).

Il faut espérer que l'augmentation des MOU dans les différentes régions du monde va accroître ce cercle vertueux.

Bonne soirée!