Quand il est question de droit de la mer à l'Assemblée générale de l'ONU...

Publié le par Linium International

                Le droit de la mer est une matière du droit international essentielle dans le cadre des relations interétatiques. La preuve en est de la dernière session de l’assemblée générale de l’ONU. Il fut question de la mer tant en AG que dans les négociations de couloirs.

 

Tout d’abord, faut-il encore signaler l’étonnante intervention du guide libyen Mouammar Kadhafi. Dans son long discours, dont les commentateurs ont déjà pu faire remarquer le côté décousu, il propose sa vision des choses dans les affaires de piraterie au large de la Somalie.

 

Le guide de la Jamahiriya arabe libyenne soutint que l’interprétation qui est faite de la piraterie par les occidentaux est fausse. Des pirates ? Il ne peut s’agir que de défenseurs des droits des somaliens et de leurs eaux territoriales. En effet, leurs ressources auraient été pillées. Pour régler ce problème, Kadhafi souhaite proposer un traité : les pirates arrêtent leurs attaques contre l’engagement des nations du respect des limites de la zone économique exclusive somalienne et de l’abstention de « jeter des déchets » dans les eaux somaliennes.

 

Il est intéressant de noter que l’interprétation est assez osée. Tout d’abord, la mer territoriale définie par la Somalie dans une loi du 10 septembre 1972 n’est pas censée être défendue par les habitants de la côte mais par les autorités somaliennes (article 18). Soit, il est difficile de dire qu’il existe encore des forces aux ordres du gouvernement de Mogadiscio, mais de là à prétendre que cette mission incombe désormais aux somaliens, l’audace va loin. De quoi accuse t’on dans ce cas là les marins du Ponant et des navires de commerce attaqués ?

 

Bien sur, nous pouvons trouver des circonstances atténuantes aux pirates, mais ne soyons pas démagogue (s’agit-il encore de démagogie à ce niveau là ?).

 

Enfin, les diplomates présents la semaine dernière dans l’hémicycle de l’ONU ont du être surpris par la proposition de traité de Monsieur Kadhafi. D’une part, la Somalie n’a pas de zone économique exclusive pour le moment. Si elle en avait une, cela ne voudrait pas dire que les navires étrangers ne pourraient pas passer. Ce n’est pas le but d’une telle zone. D’autre part, la question du rejet des déchets en mer concerne hélas tous les pays et donc n’a rien à voir avec la Somalie.

 

Espérons que le manque de sérieux du guide libyen n’entache pas trop le crédit de l’Union africaine qu’il préside pour le moment.

 

                Heureusement, dans les couloirs de l’ONU, les diplomates ont pu parler plus sérieusement du droit de la mer pour régler un litige qui entache les relations entre la Guinée Equatoriale et le Gabon depuis longtemps.

 

En effet, Paul Toungui, le ministre d’Etat, ministre des affaires étrangères du Gabon a pu discuter avec Nicolas Michel, le médiateur du différend entre le Gabon et la Guinée Equatoriale. Ces deux Etats se disputent la souvera

ineté sur trois îles (Mbanié, Congo et Cocotier) faisant face aux côtes gabonaises dans la baie de Corisco et au sujet des délimitations maritimes. L’enjeu principal de cette délimitation est le pétrole une fois de plus. Alors même que depuis quelques années (et jusqu’à sa mort), Omar Bongo avait décidé de lancer son pays dans une phase de transition pour ne plus dépendre du pétrole, le Gabon n’en démord pas et tient à ces quelques iles autour desquelles on pourrait trouver des gisements pétroliers.  

Il est à noter que la Guinée-Equatoriale n’en est pas à son seul litige frontalier. Elle négocie actuellement ses délimitations maritimes avec le Cameroun.

 

                Au-delà des discours tragi-comiques, espérons que ces rencontres autour de la dernière AG des Nations-Unies puissent faire avancer les litiges non-réglés de délimitations maritimes.

 


Jérémy DRISCH

Jeremy.drisch@liniuminternational.com

sources photos :

- Kadhafi à l'ONU/AFP

- Paul Toungui / Gaboneco.com

Publié dans Géopolitique des mers

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